 |
PRESS REVIEW

- Le Temps
- Geopolitique.com
 |
|
« Le Kremlin est favorable à la
libéralisation de l'économie russe, mais pas à son
américanisation». |
| |
8 novembre 2003
Par Myret Zaki
(c)
2003 Le TempsHomepage Address: http://www.letemps.ch . |
L'interview de la semaine. Conrad Gerber, spécialiste
du pétrole, a grandi au Zimbabwe et fait ses études en
Afrique du Sud. Il dirige la société Petro-Logistics.
Conrad Gerber est l'un des spécialistes mondiaux de l'or noir. A 61
ans, cet Alémanique qui a passé la majeure partie de sa vie en
Afrique préside Petro-Logistics, une agence basée à Genève
et spécialisée dans la collecte et l'analyse de données
sur l'offre mondiale de brut. Depuis septembre, il assume en outre la présidence
du Conseil de fondation du CRES (Centre de recherches en entreprises et sociétés),
créé en 1992, qui développe des programmes socio-économiques
pour le compte de gouvernements, d'administrations publiques et d'entreprises
privées, principalement en Russie et en Afrique.
Le
Temps: L'affaire Yukos cache-t-elle un blocage par le
Kremlin d'une tentative américaine de mainmise sur le
pétrole russe?
Conrad Gerber: Sans aucun doute. Il est plus que probable que
George Bush senior, qui était en Russie il y a deux mois, était
venu pour initier les négociations en vue d'une participation
de Chevron ou d'Exxon dans Yukos.
|
|
 |
Beaucoup de gens au Kremlin
sont certes favorables à la libéralisation et à l'ouverture
de la Russie aux investissements étrangers, mais pas à son
américanisation! Michaïl Khodorkovski était très
proche du gouvernement Eltsine, qui avait favorisé les privatisations.
Ces dernières ont été un désastre pour
beaucoup de Russes: les ressources pétrolières ont été bradées à quelques
oligarques, qui à présent veulent les vendre aux majors
américains: c'est là la vision de beaucoup de Russes.
Le Temps: L'affaire
Yukos cache-t-elle un blocage par le Kremlin d'une tentative américaine
de mainmise sur le pétrole russe
Conrad Gerber: Sans
aucun doute. Il est plus que probable que George Bush senior, qui était
en Russie il y a deux mois, était venu pour initier les négociations
en vue d'une participation de Chevron ou d'Exxon dans Yukos. Beaucoup de
gens au Kremlin sont certes favorables à la libéralisation
et à l'ouverture de la Russie aux investissements étrangers,
mais pas à son américanisation! Michaïl Khodorkovski était
très proche du gouvernement Eltsine, qui avait favorisé les
privatisations. Ces dernières ont été un désastre
pour beaucoup de Russes: les ressources pétrolières ont été bradées à quelques
oligarques, qui à présent veulent les vendre aux majors américains:
c'est là la vision de beaucoup de Russes.
- Le fait que les oligarques soient en majorité juifs
explique-t-il leur bonne entente avec Washington?
- Malgré une opinion reçue, tous les oligarques
ne sont pas juifs; ni Vladimir Potanin, de Norilsk Nickel, ni Oleg Deripaska,
de Roussal ne le sont. Par ailleurs, on ne peut pas mettre tous les Juifs
russes dans un même panier, car certains ont une très bonne
entente avec le Kremlin. Ce qui contrarie le Kremlin n'a rien à voir
avec la confession, mais avec le fait que certains soient disposés à «globaliser» le
pétrole russe, tandis qu'ils cherchent à gagner en influence
politique. S'il n'y aura pas de renationalisation, le message du Kremlin
- de tenir les oligarques à l'écart de la politique russe
- a été clair, menant notamment à l'exil de Roman
Abramovitch, qui a tout vendu et s'occupe de football à Londres.
Le problème est que les revenus énormes du pétrole
peuvent changer le rapport de force dans un pays. L'argent du pétrole
russe peut financer des partis et des campagnes électorales en
Russie, et faire le jeu d'intérêts externes.
- Sur quel arrangement pourrait déboucher la
tension russo-américaine? - Au lieu de prises de contrôle
par des sociétés américaines, cela pourrait aboutir à des
partenariats, car la Russie a besoin d'investissements étrangers:
elle manque de pipelines et de ports, essentiels à l'augmentation
des exportations. Mais là encore, il faudra composer avec les
intérêts divergents entre gouvernement et secteur privé: à travers
Transneft, société publique, l'Etat veut par exemple privilégier
Vladivostok ou un autre port russe, alors que le secteur privé veut
financer un projet de pipeline vers la Chine, d'autant qu'elle devient
un énorme consommateur de pétrole.
- L'offensive en Irak était motivée en
partie par le pétrole. Qui contrôlera l'or noir irakien?
- Les Etats-Unis songeaient à un Irak démocratique,
laïc, qui ne serait plus membre de l'OPEP (ndlr: Organisation des
pays exportateurs de pétrole) et qui serait ouvert à la
privatisation totale du pétrole national, à laquelle est
d'ailleurs favorable le ministre irakien du Pétrole actuel, Ibrahim
Al-Uloum. Mais il ne sera peut-être plus ministre lorsque des élections
auront eu lieu et que sera décidée la question de la propriété du
pétrole irakien. Sera-t-il privatisé? Je pense plutôt
qu'on aboutira à un modèle moyen-oriental, c'est-à-dire à une
compagnie nationale contrôlant les réserves. Aux Emirats
arabes unis, par exemple, Abu Dhabi vend une partie des champs pétrolifères à des
compagnies comme Exxon ou Shell, mais elle garde la propriété du
sous-sol. L'Etat est toujours majoritaire. Sans parler des pays où il
garde l'exclusivité: en Arabie saoudite, en Iran et au Koweït.
En Iran, les compagnies étrangères obtiennent au plus un
contrat de services. En gros, Téhéran leur dit: lors du
développement d'un champ, on vous paie, mais le pétrole
nous appartient.
- L'Irak restera-t-il membre de l'OPEP?
- Il est dans l'optique américaine que l'OPEP
se dissolve, et que l'Irak n'en fasse plus partie. Mais mon sentiment
est que l'Irak va rester dans l'OPEP et que l'OPEP a un avenir. Le problème
avec l'OPEP n'est pas tant la production que la transparence: que font-ils
avec leur argent? Les opposants de l'OPEP reprochent à ses membres
l'opacité sur l'utilisation des recettes du pétrole. Dans
le cas de Riyad, le pétrole donne des revenus qui peuvent être
utilisés à des fins dangereuses, pensent les Américains.
Les revenus semblent partir dans toutes les directions, et une large
partie se dirige vers de nébuleuses structures finançant
des activités caritatives islamiques, des constructions de mosquées.
Et cela finit dans les mains de terroristes. L'idée américaine
n'est donc pas nécessairement une mainmise de ses compagnies sur
le pétrole irakien mais un développement plus libre des
ressources pétrolières afin de contrebalancer Riyad, poids
lourd de l'OPEP.
- Les Etats-Unis, la Russie et l'OPEP sont-ils d'accord
sur le prix du baril? - Non. L'OPEP veut rester dans une marge de 22 à 28
dollars, les Russes le veulent à 25 dollars. Les Etats-Unis parlent
d'un «marché libre». Mais cela n'existe pas: sans
limites de production, les prix s'effondreraient. Le marché libre
a existé il y a 100 ans, et ce fut une expérience désastreuse
avec des fluctuations incontrôlables des prix. Une fourchette stable
des cours est nécessaire aux investissements énormes qu'il
faudra les vingt prochaines années pour produire le pétrole
nécessaire aux trente prochaines années. Avec un prix à moins
de 10 dollars le baril, il est très difficile, sinon impossible,
de produire du pétrole nouveau en dégageant un bénéfice.
Or, ce sont ces bénéfices qui sont réinvestis dans
la production future. Les Américains se sont trompés s'ils
pensent que le monde peut se passer de l'OPEP et de la gestion des cours
du pétrole. Sans compter que si les prix s'effondrent, des champs
seront fermés, les investissements ne se feront plus, ce qui mènera à une
pénurie et on arrivera à une flambée des prix.
- La Russie a-t-elle intérêt à soutenir
l'OPEP?
- Oui, le gouvernement russe participe comme observateur
aux réunions de l'OPEP ainsi que d'autres pays (Oman, l'Angola,
le Mexique, la Norvège) depuis la fin des années 80. Seulement
voilà: depuis les privatisations des années 90, le Kremlin
ne contrôle plus rien. Si le gouvernement arrive à gagner
plus de contrôle sur le secteur pétrolier, il deviendra
un partenaire très utile, plus que le secteur privé russe,
qui n'a aucune volonté de coopérer avec l'OPEP.
 |
|
Conrad Gerber rejoint le CRES |
| |
24 septembre 2003
© geopolitique.com
2003. Address: http://www.geopolitique.com |
Fondateur de l'agence 'Petro-Logistics', le puissant
Conrad Gerber, dont les informations bouleversent parfois les cours pétroliers,
redoublera bientôt d'influence sur les marchés de l'or noir
africain.
C'est un homme d'influence de réputation internationale
qui vient de rejoindre le Centre de recherches entreprises et sociétés
(CRES), un "think-thank" basé à Genève
essentiellement actif sur le continent africain (et notamment en Angola)
et en Russie, créé à l'origine par Elf et dirigé par
Patrick Gantes, un ancien d'Elf Afrique.
Parfait inconnu pour le grand public, le Suisse Conrad
Gerber, 61 ans, est une véritable star dans le monde de l'or noir
depuis plus de deux décennies. A la tête d'une minuscule
structure basée à Genève et à Harare, "Petro-Logistics",
une agence d'information fondée en 1980 spécialisée
sur le pétrole, il a été en mesure, en juin dernier
d'annoncer avant tout le monde la baisse de la production de l'Arabie
saoudite. Du coup, les cours sur le marché des options ont immédiatement
grimpé.
Conrad Gerber, qui a eu les honneurs du "New York
Times" et de l' "International Herald Tribune" en août
peut facturer jusqu'à 5 000 dollars par mois ses informations
confidentielles. Son secret consiste à être encore le seul
dans le monde à savoir comptabiliser les cargaisons de pétrole,
grâce à un réseau dense d'informateurs dans les ports
et les raffineries. "C'est un marché particulièrement
opaque. Tout le monde ment, et pas seulement l'OPEP. Il y a les pays
qui ne peuvent pas assurer leurs quotas, et ceux qui les dépassent",
explique Conrad Gerber à geopolitique.com.
D'origine suisse, l'homme qui vient d'accepter la présidence
du CRES, a longtemps vécu en Rhodésie (devenue depuis le
Zimbabwe), où ses parents, des Suisses alémaniques, s'étaient
installés. Diplômé de l'université du Cap,
il avait pour mission, en tant que fonctionnaire rhodésien, de
détourner l'embargo, dont était victime cette ancienne
colonie britannique. Un "job" qui permet de se constituer un
précieux carnet d'adresses.
© geopolitique.com 2003.

|
 |